| Le pélerinage des élus de la République |
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Pour la deuxième année consécutive, les élus chrétiens sont appelés à se rendre en pèlerinage à Lourdes du 8 au 11 avril. "Un moment d'amitié, de réflexion et de foi" selon le père Matthieu Rougé, conseiller spirituel de l’association Chrétiens élus publics et aumônier des parlementaires. On a vu d'ardents défenseurs de la laïcité française crier au scandale lorsqu'une candidate du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) s'est présentée aux élections régionales de mars 2010 voilée d'un foulard au nom de ses convictions musulmanes. On a vu d'implacables zélateurs prétendus laïcs s'offusquer du fait qu'une entreprise privée de restauration décide de ne plus proposer de menus contenant du porc et de ne mettre à sa carte que de la viande halal. Aujourd'hui, ces parangons de la laïcité à la française semblent totalement muets voire pétrifiés face à cet appel de l'aumônier des parlementaires de la République française. On a pourtant dit et écrit à peu près tout et n'importe quoi quant à l'interprétation qu'il fallait faire de la loi de séparation de l'église et de l'état. Et pourtant, il y a fort à parier que rares seront les voix qui s'élèveront pour faire remarquer que cet appel au pélerinage ne concerne pas de simples citoyens vivant leur foi au sein de leur foyer, mais des élus de la République, des législateurs censés respecter la loi française, qui au nom de leur mandat vont exprimer ouvertement leur préférence pour une religion. La loi de 1905, socle de la laïcité à la française, sépare clairement deux mondes : le domaine public (au sens du fonctionnement de l'état et de ses institutions) et le domaine spirituel (au sens religieux du terme). Ainsi, il est interdit à un fonctionnaire de l'état d'afficher avec ostentation sa religion dans l'exercice de ses fonctions. Il est interdit à un représentant de l'Etat de favoriser, de quelque façon que cela soit, une religion plutôt qu'une autre. L'appel lancé par le père Matthieu Rougé ne s'adresse pas à de simples citoyens qui peuvent vivre leur foi comme bon leur semble du moment que cela ne sort pas de leur sphère privée, il s'adresse à des élus de la République, à des personnes souvent membre de l'éxécutif de collectivés territoriales publiques. Un député, quelques soient ses fonctions, reste le réprésentant de l'ensemble des citoyens de sa circonscription dans sa diversité philosophique et religieuse. En participant à un pélerinage dans un des lieux saints de l'église catholique non pas en tant que simple citoyen mais en tant qu'élu, il enfreint allègrement tous les principes républicains et laïcs de la République française. On peut imaginer sans peine le scandale immense que provoquerait un imam qui appellerait l'ensemble des élus français de confession musulmane à participer à un pélerinage à La Mecque.... Mais lorsqu'il s'agit d'un curé qui appelle des élus français de confession chrétienne à participer à un pélerinage à Lourdes, cette laïcité, si chère à ceux qui sont allés jusqu'à demander aux tribunaux d'interdire à une femme française et musulmane d'être candidate à une élection en France, semble être parfaitement respectée... L'hystérie anti-musulmane a remplacé l'hystérie antisémite du siècle dernier. Faut-il attendre l'organisation "spontanée" de "ratonnades" (on appelait cela pogrom au XIXème siècle) pour qu'on ouvre enfin les yeux sur une situation qui, si elle devait perdurer, entrainerait notre société dans le même cauchemar qui débouchât sur Auschwitz ? J'exagère me direz-vous ? A voir... Reprenez la plupart des commentaires souvent manichéens concernant les atteintes à la laïcité par des musulmans ces dernières années et remplacez musulmans par juif et islam par judaïsme. Vous serez sans doute surpris de l'incroyable proximité sémantique et argumentaire des réquisitoires actuels et de ceux que l'on pouvait lire dans la presse antisémite de la fin du XIXème et début du XXème siècle...
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