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«Je vous souhaite la bienvenue à 'L'Arche', votre nouveau lieu de culte.» Le pasteur Michel Roth accueille les fidèles avec fierté dans ce beau bâtiment vitré qui sent le neuf. «Nous sommes si contents d'avoir notre lieu. Avant, nous devions louer l'église catholique pour nos cérémonies et l'aula de l'école pour nos activités paroissiales. Maintenant nous sommes enfin chez nous», se réjouit Cornelia Gerster, présidente du conseil paroissial de l'Eglise réformée.
Ce dimanche matin de décembre, seuls une vingtaine de fidèles se sont risqués dans la neige pour assister au culte bimensuel, un dimanche sur deux. Le temple réformé a été inauguré un mois plus tôt à Bösingen, à 800 mètres de la petite cité de Laupen, juste de l'autre côté de la Sarine, et donc de la frontière du canton de Berne. Impossible de manquer «L'Arche», construite au milieu du village, à 200 mètres en face de la belle église baroque, en plein carrefour, sur la route cantonale Fribourg-Berne. Entre Fribourg la catholique et Berne la protestante «La Réforme s'est arrêtée ici et cette région très catholique (car frontalière) a été envahie par les protestants lors de la Guerre du Sonderbund. Alors s'il n'y avait pas eu la question confessionnelle, elle serait bernoise depuis belle lurette», explique Thomas Progins, un spécialiste de l'histoire locale. Une région très particulière en effet, puisque l'allemand, parlé par plus de 90% des Singinois, est la seule langue officielle de ce district du canton de Fribourg, majoritairement francophone. Son identité est donc solidement ancré dans sa langue et sa religion. Et pourtant, tout a commencé à changer à la fin des années 70. «A l'époque, les Bernois ont découvert cette région limitrophe où on parle allemand et où le terrain est abordable, à 20 minutes en voiture seulement de la capitale fédérale», explique Anton Jungo, rédacteur des Neue Freiburger Nachrichten. Ils ont donc commencé à s'installer à Bösingen, qui a vu sa population presque doubler en vingt ans. Aujourd'hui, la commune compte plus de 1000 protestants, soit un bon tiers de la population. «Il nous fallait absolument un lieu pour nos activités, qui se sont beaucoup développées», ajoute Cornelia Gerster. Un projet qui a fait grincer des dents «Mais c'est quand même bête de gaspiller presque 2,5 millions pour un lieu de culte puisqu'ils pouvaient utiliser l'église et la salle polyvalente. Et puis L'Arche est vraiment en plein village», lance une villageoise rencontrée devant le bâtiment flambant neuf. «Une cousine éloignée m'a légué sa maison parce qu'elle refusait absolument à ce qu'elle passe en mains de sa famille bernoise. Aujourd'hui, elle doit se retourner dans sa tombe», rigole un client du Café des Trois Confédérés. «Mon père, comme toute la vieille génération, est outré de voir grandir l'importance des protestants en Singine. Mais c'est une affaire délicate et personne ne vous le dira franchement», renchérit un troisième habitant, toujours aussi anonyme. «Au début, c'est vrai, l'idée a fait grincer des dents à certaines personnes, reconnaît Cornelia Gerster. Mais les gens s'y sont faits, et ce bâtiment, très beau et très lumineux, plaît beaucoup.» La présidente du Conseil de paroisse précise que la journée portes ouvertes d'inauguration a attiré énormément de monde, catholiques ou protestants. «Même le curé du village est venu. Il a fait un petit discours et s'est montré très ouvert.» Et de préciser que la représentante du conseil de paroisse catholique a même apporté une branche d'olivier, «symbole de paix et de notre dieu commun». Signe des temps En ces temps où tout se mélange et se mondialise, il était logique que cette région autrefois retirée et pauvre se développe à son tour. Il a fallu attendre les années 1970 et beaucoup de doigté politique pour que les écoles catholiques et protestantes (écoles «libres») soient réunies. Anton Jungo ajoute: «Les choses se sont précipitées il y a une dizaine d'années, quand l'unique paroisse protestante du district de la Singine, Saint-Antoine, a décidé de se scinder en cinq (St-Antoni, Düdingen, Weissenstein, Flamatt et Bösingen).» «Ce qui a fait qu'il manquait des lieux de culte. Et puis, à l'époque, en 1999, chaque paroisse a reçu sa part d'argent, ce qui leur a permis de construire des temples, comme à Düdingen en 2004 et à Bösingen cette année.» «Et puis L'Arche n'a même pas de clocher, elle ne dérange pas. Et puis, ils peuvent être contents que cela ne soit pas une mosquée. Là, les choses seraient nettement plus compliquées. Après tout, on a le même dieu», conclut, philosophe, notre client du café des Trois Confédérés. swissinfo, Isabelle Eichenberger

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